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Quand j’ai entendu parler de ce livre pour la première fois, je me suis dit qu’il n’était pas pour moi. Ces deux décès, d’une fillette et d’une jeune femme, maman de 3 enfants, je ne me voyais pas les supporter, même dans un bon roman. Le tsunami et le cancer réunis en un seul ouvrage, ça me paraissait insurmontable. Et puis, j’ai lu la presse, des critiques toujours élogieuses (voir plus bas) et surtout, mon amie Anouk m’a prêté le livre, en me le recommandant chaudement.

J’ai attendu le long week-end dernier pour le commencer, comme on attend pour ouvrir une boîte de chocolats. J’étais en vacances, sans enfant, j’allais pouvoir lire à mes horaires et à mon rythme. Je l’ai donc commencé vendredi soir, après le dîner… et l’ai fini samedi matin, au lit, avec le bruit de l’océan qui me rappelait de temps en temps à la réalité. Je me suis retenue pour ne pas fondre en larmes, car Gilbert était à mes côtés, qui m’avait laissée lire tout mon saoul.

A la lecture de la première partie, ce n’était pourtant pas gagné. Emmanuel Carrère avait commencé par nous relater la mort de la petite Juliette, emportée par le tsunami de décembre 2004 lors de ses vacances au Sri Lanka avec ses parents. On avait aussi vécu le décès de l’autre Juliette, la belle-sœur de l’auteur, handicapée, emportée à 33 ans par un cancer. Je me croyais « débarrassée » de ces décès. Je lisais sans exaltation ce qui concernait le surendettement lié au crédit à la consommation (la lutte de la grande Juliette, juge d’instance à Vienne). Sans exaltation mais sans crainte d’être dérangée ou émue. Je me faisais la réflexion que l’auteur avait des côtés bien peu sympathiques (intellectuel assez présomptueux, humain plutôt narcissique) mais qu’il avait le courage de les mettre au jour avec honnêteté dans ce roman à tendance autobiographique, puisque les Juliette, il les a toutes deux connues et que l’une faisait même partie de sa famille.

Et puis est arrivée la seconde partie où la vie et l’œuvre (de juge) de la grande Juliette ont été détaillées, où ses choix, son amour pour sa famille et son amitié avec Etienne, un autre juge (luttant lui aussi contre le surendettement et handicapé lui aussi) ont été mis en lumière. Et c’est petit à petit, en apprenant à connaître Juliette, son entourage et son parcours jusqu’à la fin, que l’émotion est montée, irrépressible. Je ne vous en dis pas plus : je vous conseille évidemment de lire ce livre par vous-même et de vous laisser emporter par ce qui a été un temps un projet littéraire interrompu pour Emmanuel Carrère. Il a en effet éprouvé le besoin d’écrire « Un roman russe » (paru en 2006) pour affronter ses propres démons, avant de pouvoir reprendre le récit de la vie de la grande Juliette.

Les filles de Juliette liront-elles ce livre plus tard ? La question est posée. Je sais qu’en ce qui me concerne, je n’oublierai pas cet humble juge de l’Isère. Et, rentrée un peu dans la famille d’Emmanuel Carrère par ce roman, je souhaite maintenant en savoir plus en lisant « Un roman russe » (qui l’a fâché avec sa mère, Hélène Carrère d’Encausse, à sa publication). Cet écrivain a réussi la gageure de m’attirer dans son univers. Vous y attirera-t-il aussi ?

D’autres vies que la mienne
Emmanuel Carrère
Ed. P.O.L., 312 p., 19,50 euros

Pour des critiques plus « intellectuelles » : celles de Télérama, de La Croix, du Magazine Littéraire, et du Point.

Et en prime, une vue de la Côte basque, vers Saint-Jean-de-Luz, qui a baigné ma lecture.

Saint_Jean_de_Luz___mai_2009_063