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Julia Child en vrai et incarnée par Meryl Streep dans le film "Julie & Julia"

Ça a commencé avec l’affiche du film : "Julie & Julia" sortait enfin en France ! Cela faisait des mois que j’attendais le film tiré du livre éponyme "Julie and Julia : My Year of Cooking Dangerously" (traduit assez librement par "Julie and Julia : Sexe, blog et bœuf bourguignon"), lui-même adapté du blog "The Julie/Julia Project".

Deux femmes passionnées par la cuisine, un blog les reliant. L’histoire croisée de ces deux destins ne pouvait que me passionner à mon tour. En 1951, Julia Child, épouse d’un fonctionnaire américain en poste à Paris découvre la cuisine française, obtient le diplôme de l’école cu linaire Le Cordon Bleu et se lance dans la rédaction de « Mastering the Art of French Cooking » (publié en 1961), le livre qui a révélé la cuisine française aux Américains. En 2002, Julie Powell, trentenaire new-yorkaise malheureuse dans son boulot stressant et ingrat, se lance un défi : réaliser les 524 recettes du livre de Julia Child en 365 jours et tenir un blog relatant cette expérience.

Mon intérêt s’est encore accru en lisant un article dans le New York Times dans l’avion qui me menait à Santorin, alors que je n’avais pas encore pu aller voir le film. Le journaliste y écrivait que l’attrait du film pour les Français reposait plus sur la prestation de Meryl Streep (qui joue Julia Child) que sur un réel intérêt pour la femme elle-même. « Pas pour moi ! », me suis-je exclamée (très intérieurement !). Pour moi, en effet, depuis que j’ai vécu aux Etats-Unis (il y a de ça plus de 10 ans), Julia Child représente un personnage américain mythique, une référence en matière culinaire. C’est bien sûr mon amie Lia, journaliste culinaire et créatrice du site The Nourish Network, qui a dû m’en parler assez souvent au fil des années pour marquer mon esprit. Mais qu’est-ce qui fait que Julia me paraisse incontournable ? Et pourquoi est-elle si connue des Américains (mais si peu des Français) ?

Il me fallait une réponse avant même d’avoir vu le film. Un des rares articles que j’ai trouvé à ce sujet n’a fait que corroborer ce que j’ai perçu par la suite au cinéma : Julia est une femme qui aimait la vie… et la nourriture, et qui le disait. Une femme dont la grande taille l’a toujours empêchée de rentrer dans le moule et qui, au lieu de chercher à se conformer, a cherché ce qui lui irait à elle. Le personnage qu’incarne Meryl Streep dans le film est haut en couleurs : derrière son ton un peu affecté, la Julia Child dépeinte est vivante, spontanée, attachante, férue d’onomatopées, « miam » étant évidemment sa préférée ! Une femme libre dans les années 1950, était-ce si courant ? Lisez donc le billet que Julie Powell a publié le jour de la mort de Julia Child, le 13 août 2004 : son admiration pour Julia y est omniprésente et, avec elle, on regrette la disparition de cette femme exceptionnelle.

Ce n’est bien sûr pas que la femme et son caractère joyeux qui ont marqué les Etats-Unis. Ce sont aussi ses livres, « Mastering the Art of French Cooking » puis d’autres par la suite, comme « The French Chef Cookbook », qui ont révolutionné la cuisine américaine en expliquant avec simplicité et enthousiasme comment cuisiner aux ménagères américaines alors plus habituées aux conserves et à la Jell-O. Sa participation à des émissions télévisées dès 1963 , et pendant plus de trois décennies, a elle aussi grandement contribué à sa renommée et à son succès. Inoubliable, ce moment télévisuel où elle fait tomber une crêpe (et non un poulet, comme le voudrait la petite histoire), la ramasse, la remet tranquillement dans la poêle et dit : «Rappelez-vous. Vous êtes seule en cuisine. Personne n'en saura rien. ».

Tout ce que je viens de vous dire à propos de Julia Child ne vous a pas convaincu(e) ? Allez quand même voir le film surtout si, comme moi, vous êtes adepte des comédies romantiques américaines (Nora Ephron, la réalisatrice, est aussi à l’origine de « Nuits blanches à Seattle ») . Oui, l’atmosphère désuète du Paris des années 50 est peut-être un peu exagérée mais c’est ma seule critique. On ne s’ennuie pas une seconde.  Les allers-retours entre les vies des deux femmes nous tiennent en haleine et les dialogues sont réalistes et enlevés. Enfin, le parcours de Julie et Julia, qui chacune trouve un sens à leur vie grâce à leur passion pour la cuisine, est émouvant. Pour quelqu’un qui tient un blog (en partie) culinaire, comme moi, il est même une source d’inspiration.

Alors, bien sûr pour les semaines à venir, je vais me plonger dans "Julie and Julia", le livre. Je vais aussi acheter "My Life in France", les mémoires de Julia Child pendant ses années passées à Paris et Marseille, que je convoite depuis des mois. Vais-je pousser le fanatisme jusqu'à acquérir «Mastering the Art of French Cooking » (qui n’a jamais été traduit en français) ? J’hésite encore : je ne sais pas si je l’exploiterais. A part pour une recette évidemment : le bœuf bourguignon !

Bon appétit !

Suppléments :
* Les critiques, positives, du "Monde" et de "Télérama" sur « Julie & Julia » et celle, négative, du "Nouvel Obs"
* L’article publié par le New York Times à la mort de Julia Child : un excellent résumé de sa vie (en anglais)
* Le dernier interview de Julia Child, au magazine "Ms." (en anglais)
* Le blog actuel de Julie Powell pour la lire… ou lui écrire (en anglais)
* Un billet d'un blog culturel : Les 10 choses que je préfère dans "My Life in France" (en anglais)